Monsanto, firme multinationale, présente dans près d’une cinquantaine de pays, a été créée en 1901 aux Etats-Unis. D’abord spécialisée dans la chimie, l’entreprise est devenue leader mondial en biotechnologie en commercialisant des semences transgéniques (les fameux OGM, organismes génétiquement modifiés) et toute la panoplie qui va avec : herbicides (dont le trop célèbre RoundUp), insecticides et fongicides… Bref la gamme des « pesticides » soit presque tous les mots qui finissent par le suffixe « -cide », du verbe latin « caedo, cadere » qui signifie « tuer », voilà au moins le ton est donné…A non, autant pour moi, selon la terminologie officielle : elle fabrique des « produits phytosanitaires » ou « produits de protection des plantes » afin de promouvoir « une agriculture de qualité, compétitive et durable ».
C’est étrange comme cette dernière phrase sonne faux après avoir visionné le reportage intitulé « Le monde selon Monsanto » passé sur Arte le 11 mars 2008. Ce documentaire passionnant (et terriblement inquiétant) est le résultat d’une enquête très minutieuse de 3 ans de la réalisatrice Marie-Monique Robin.
Dans ce premier article (il y a tellement de choses hallucinantes à dire qu’il y en aura sûrement d’autres à venir), je vais m’attacher à montrer les méthodes plus que douteuses employées par la firme pour arriver à ses fins :
Mensonge, falsification, pression, diffamation, collusion, influence et corruption… (et encore vu l’inventivité de Monsanto dans le domaine de la manipulation, je pense que j’en oublie).
Quelques mots sur la propagande publicitaire qui donne une image d’une société respectueuse de l’environnement : Concernant l’herbicide RoundUp très utilisé par les amateurs de jardinage et les paysans, la firme a été condamnée par deux fois pour publicité mensongère : une fois à New York en 1996 et dernièrement en France en janvier 2007. Les juges ont estimé que les mentions « biodégradable » « laisse le sol propre » et « respecte l’environnement » étaient des messages publicitaires trompeurs. Le fameux « premier désherbant biodégradable » est en effet constitué à base d’un herbicide dit non sélectif appelé Glyphosate (il tue toutes les plantes sans distinction). Nous reviendrons plus en détail dans un prochain article sur les écarts entre le discours publicitaire et la réalité du terrain.
En 2001, des habitants d’Anniston dans l’État de l’Alabama ont porté plainte et gagné le procès contre Monsanto : l’eau de la ville a été empoisonnée par des PCBs provenant de l’usine proche provoquant ainsi de nombreux morts et malades (cancer, diabète, hépatite…). Ce qui est particulièrement scandaleux dans cette affaire c’est que des documents confidentiels dévoilés lors du procès ont prouvé que Monsanto connaissait la vérité depuis les années 60 mais qu’ils l’ont cachée pour « ne pas perdre un seul dollar » (une lettre datée de février 1970, envoyée au responsable de vente le dit texto : « We can’ afford to lose one dollar of business »)…
Monsanto a également falsifié des études pour prouver que la dioxine présente dans l’herbicide 2,4,5-T plus connu sous le nom d’agent orange (rappelez-vous la guerre du Vietnam) n’avait pas d’effet cancérigène sur l’homme. En fait des individus ayant été exposés ont tout simplement été inscrits dans le groupes des non exposés afin de prouver qu’il y avait autant de cancers dans la population exposée que dans celle servant de référence !
Et lorsqu’il faut protéger ses intérêts, on peut compter sur la compagnie pour démolir la réputation des scientifiques soucieux de faire connaître des vérités qui dérangent… Ce fut par exemple le cas du professeur Ignacio Chapela suite à la publication d’un article affirmant à juste titre que le maïs mexicain était contaminé par des OGM (malgré l’interdiction des cultures transgéniques dans ce pays). Il a été victime d’une campagne de diffamation sur le net l’accusant d’être un activiste anti-OGM avant d’être un scientifique. Les accusateurs étaient en fait de faux scientifiques ayant des liens directs avec Monsanto…
Autre affaire en Ecosse, le Docteur Arpad Puztai a dirigé une étude sur des pommes de terre transgéniques à la demande du Ministère de l’agriculture. Cette étude qui a regroupée 30 chercheurs pendant 2 ans pour un budget de plus de 2 millions d’euros était censée préparer l’arrivé des OGM en Grande Bretagne. Mais l’étude n’a pas été dans le sens escompté par le gouvernement. Le docteur a exprimé ses inquiétudes sur les OGM lors d’un interview à la BBC donné avec l’accord de sa direction : « je considère qu’il n’est pas juste de prendre les citoyens britanniques comme cobayes ». Le lendemain de la diffusion il est licencié et toute son équipe de recherche dissoute. Un des scientifiques remercié avance : « Le bureau de Tony Blear avait subi des pressions pour arrêter ce travail parce que les américains trouvaient que cela portait préjudice à leur industrie de la biotechnologie »
Allez, vous n’êtes pas encore tout à fait dégoûté, alors un petit mot sur les relations étroites entre l’administration américaine et la firme :
Entre les hauts responsables de la FDA (Food and Drug Administration), l’agence chargée de la sécurité des denrées alimentaires et des médicaments et Monsanto, c’est une vraie histoire d’amour. Il faut dire qu’avec le système dit des « portes tournantes » des anciens responsables de Monsanto se retrouve dans l’agence et inversement. Dans le reportage une mauvaise langue bien informée affirme ainsi : « la raison pour laquelle la FDA a autorisé la mise sur le marché de la RBGH c’est que beaucoup d’anciens salariés de Monsanto occupaient des postes clés à la FDA. Ils ont rejoint l’agence pour faire homologuer le produit ». La RBGH, c’est l’hormone de croissance bovine que Monsanto vend sous le nom de Posilac (interdite en Europe et au Canada).
Lors de l’étude pour l’autorisation de mise sur le marché, le vétérinaire chargé du dossier a déclaré que des officiels de l’agence ont supprimé et manipulé des données et a demandé des études complémentaires. Heureusement l’employé trop zélé a été mis au placard puis licencié et tout est rentré dans l’ordre !
Au canada, l’agence Santé Canada qui d’habitude calque ses décisions sur la FDA s’est opposée à la mise sur le marché du Posilac. Trois scientifiques de l’agence canadienne ont en effet témoigné en faveur de l’interdiction. Je ne sais pas quel extrait je préfère celui-ci : « je me demande quelle vérité je vais dire : celle que je connais ou celle que le ministère me dit de dire »
ou bien celui illustrant la tentative de corruption : « La compagnie nous avait offert 1 à 2 millions de dollars »…
Corruption, lobbying, politique d’influence…et concrètement sur le terrain, dans les champs des agriculteurs ?
On ne peut pas parler des méthodes de Monsanto sans évoquer la question des brevets sur les OGM. Avec ce système, la loi américaine protège les semences génétiquement modifiées : chaque agriculteur qui achète des OGM doit signer un contrat d’utilisation de la technologie qui lui interdit de garder des graines pour les replanter l’année suivante. Il y aurait plus d’une centaine de procès de paysans poursuivis par Monsanto pour non respect du brevet sur les semences et de nombreuses faillites. La compagnie a même créée ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « Police des gènes » (avec un numéro gratuit pour dénoncer son voisin !). Cette police privée « sème la terreur dans les campagnes américaines où l’on dénonce les méthodes totalitaires d’un monde dominé par les OGM ».
Et dans d’autres pays, lorsque Monsanto n’arrive pas à obtenir légalement l’autorisation des cultures OGM et bien disons que la firme a plus d’un tour dans son sac : Au Paraguay, interrogé, le vice ministre de l’agriculture précise : « Nous avons dû autoriser l’utilisation des OGM car ils étaient entré de manière, disons irrégulière dans notre pays ». Et lorsque la reporter demande comment la contamination a pu arriver, il répond : « nous parlons de sacs blanc : des sacs de semences qui ne présentent aucune inscription officielle ».
En fait, le gouvernement paraguayen a été mis devant le fait accompli. Il a dû se résoudre a légalisé les cultures clandestines pour sauver ses exportations de soja en particulier vers l’Europe où l’étiquetage des produits OGM est obligatoire.
Voilà un aperçu du « Monde selon Monsanto ». Un modèle de réussite pour les capitalistes lobotomisés et tous les petits actionnaires qui investissent dans l’or vert et doivent se frotter les mains à l’annonce des bénéfices record de la firme (plus d’un milliard de dollars pour le dernier exercice).
En tout cas, vous ne pourrez plus dire « je ne savais pas ». Et si comme moi cela vous révolte, alors n’hésitez pas à en parler autour de vous !
Source principale :
L’excellent documentaire « Le monde selon Monsanto » (De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien) de Marie-Monique Robin (diffusé sur Arte le 11 mars 2008) disponible en DVD notamment sur Arte boutique.
Pour en savoir plus :
- Le livre « Le monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin avec une préface de Nicolas Hulot - Disponible sur Arte boutique.
- Le site Internet « Combat Monsanto » (pour que le monde de Monsanto ne devienne jamais le nôtre) présente de nombreux documents et compléments d’informations.