samedi 21 février 2009

Pourquoi manger bio ?

Le très bon film de Jean-Paul Jaud « Nos enfants nous accuseront » (1) m’a fait prendre conscience que nous sommes beaucoup à penser qu’il est nécessaire d’encourager l’agriculture bio, respectueuse de la santé et de l’environnement, mais que finalement nous sommes très peu à agir en conformité avec cette conviction. Au travers d’un cas concret (une municipalité qui décide de faire passer la cantine scolaire au bio) ce film démontre que nous pouvons tous agir à notre niveau. Pour agir faut-il encore être intimement convaincu de l’intérêt de franchir le pas.

 

Je vais passer rapidement sur les 2 principaux arguments en faveur du bio (santé et environnement) car je crois qu’ils sont reconnus et acceptés par la grande majorité.

  • la supériorité sanitaire des aliments issus de la filière biologique n’est plus à démontrer : présence de composés chimiques infime ou inexistante (nitrates, pesticides…), valeur nutritionnelle supérieure (haute teneur en matière sèche, en vitamines, minéraux et oligo-éléments). On pourrait ajouter à cette liste la qualité énergétique (au sens subtile du terme) de l’aliment (mesurée, par exemple, par un procédé appelé « cristallisation sensible »)
  • Manger bio c’est aussi soutenir une agriculture qui respecte notre environnement et préserve la biodiversité (je pense en particulier aux vers de terre (2), aux insectes dont l’abeille (3)…). Cette culture ne tue pas le sol comme le fait l’agriculture intensive. D’autre part, elle maintien le tissu rural en favorisant les exploitations de petite taille. L’élevage bio respecte également la condition animale (mode de production, alimentation saine…).

Le bio s’inscrit donc dans une vision à long terme qui ne pille pas les ressources mais respecte la vie : celle de l’humain, de l’animal autant que celle de la terre qui les nourrie.


Pourquoi ces arguments de poids en faveur du bio ne suffisent pas toujours à nous convaincre de changer nos habitudes alimentaires ? Quels sont donc les freins qui nous empêchent d’agir, les arguments des « bio sceptiques » ?

- "Le bio c’est trop cher" : l’argument du prix est celui qui revient le plus souvent. Il est vrai que dans l’absolu les produits bio sont souvent plus cher. Cette différence s’explique essentiellement par un mode de production qui nécessite plus de main d’œuvre (par exemple le désherbage se fera à la main et non avec des herbicides chimiques).

Selon une étude allemande, les produits bio seraient en moyenne 30% plus cher. Et pourtant cette même étude a montré que les familles qui consomment bio ont un budget alimentaire moins élevé de 8% ! Explications :

- A poids égal, les aliments bio sont plus nourrissants : leur teneur en matière sèche est plus élevée (20 à 25%) et ils sont plus riches en nutriments.

- Le consommateur bio fait aussi des économies en achetant différemment : il privilégie les produits bruts à cuisiner aux produits finis (plats cuisinés, biscuits, confiseries, sodas…). Il mange plus de légumineuses, de fruits et de légumes et moins de protéines d’origine animales (à commencer par la viande). Résultat, en plus d’avoir une alimentation plus équilibré et saine (dixit les nutritionnistes), son budget alimentation reste raisonnable. En bref, il s’agit de consommer moins mais consommer mieux !

Et si on voulais vraiment comparer les coûts, il faudrait sans doute parler des coûts indirects de l’agriculture conventionnelle : en premier lieu le coût sur notre santé et celle de la terre. Quel est le prix de notre santé et de celle de la terre ?

N’oublions pas non plus que contrairement à l’agriculture biologique, l’agriculture conventionnelle est largement soutenue à grands renforts de subventions (merci aux contribuablex que nous sommes).

- "Le bio c’est une mode, un truc de bobo" (bourgeois-bohème) : ceux qui consomment bio parce que c’est à la mode n’ont rien compris : tant pis pour eux mais tant mieux pour leur santé et l’environnement. Cela ne devrait pas décourager les libres penseurs. Ce serait ridicule de tourner le dos au bio sous prétexte de ne pas vouloir être conformiste, de refuser une mode… si c’est le cas, le libre penseur qui agit ainsi est un bien piètre penseur…

- "Le Label bio c’est pas si sûr, on peut se faire arnaquer" (sous entendu, on paye cher et en plus on est pas sûr à 100% que c’est vraiment bio).

Un agriculteur bio doit respecter des normes très strictes et est contrôlé au moins une fois par an. La DGCCRF affirme que les processus de contrôles sont actuellement fiables. Il est vrai qu’on ne peut jamais totalement être à l’abri d’une escroquerie (il y a déjà eu des affaires de « faux » bio). Mais alors sous prétexte de risquer de se faire avoir une fois sur 100, certains tournent le dos à ce mode de production… Ce raisonnement me semble peu lucide. Au moins lorsque ces mêmes personnes choisissent de manger des produits issus de l’agriculture intensive, pas de surprise ils sont sûr de s’intoxiquer à petit feu, c’est du 100% garantie mauvaise qualité sanitaire !

Arrêtons de se trouver de fausses excuses, ayons le courage d’agir selon nos convictions et de changer nos petites habitudes. La société actuelle nous créé des besoins superficiels et on en oublie ceux vraiment essentiels. S’offrir une alimentation saine n’est pas un luxe mais une nécessité. Alors réveillons nous et agissons !


(1) Site du film : http://www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/

(2) L’activité du ver de terre a un impact majeur sur la structure et la fertilité du sol

(3) « Si l'abeille venait à disparaître, l'homme n'aurait plus que quelques années à vivre ». Cette citation attribuée à Albert Einstein illustre l'interdépendance des espèces. L'ensemble des pollinisateurs (essentiellement les insectes mais aussi certains mammifères et oiseaux) assure la reproduction de 80% des espèces végétales, parmi lesquelles se trouvent près de 35% des ressources alimentaires mondiales (Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abeille)